ETAT D'ESPRIT

ETAT D'ESPRIT " ... Il faut y croire un peu,
y’a bien des fleurs qui poussent dans le sable.. »
Grand Corps Malade

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25/04/2026

À 79 ans, je vis seule. Et oui : je suis libre.
Quand les gens l’apprennent, je le vois immédiatement dans leurs yeux. Leur expression s’adoucit, comme s’ils devaient me parler avec précaution. Puis vient la question, posée doucement, avec une inquiétude qui ressemble parfois presque à de la peur :
« Tu ne te sens pas seule ? » « Le soir… le silence ne te pèse pas ? »
Je souris.
Pas parce que je ne comprends pas leur inquiétude. Je la comprends très bien.
Je souris parce que beaucoup n’ont pas vécu assez longtemps pour apprendre quelque chose de simple : vivre seule n’est pas la même chose qu’être seule.
Je m’appelle Elvira, j’ai 79 ans, et je vis dans ma propre maison. Une maison qui a été témoin de toute une vie. Une maison qui, pendant des années, a été remplie de bruit : le cliquetis de la vaisselle, les voix qui se chevauchent, les pas rapides dans le couloir, les rires, les petites disputes, les portes qui s’ouvrent et se ferment sans cesse.
Il y avait de longs déjeuners, avec une table toujours un peu trop petite et toujours un peu trop joyeuse. Il y avait des enfants qui couraient, des cartables jetés sur les chaises, des miettes sur le sol. Il y avait cette énergie qui vous épuise et vous fait vous sentir vivant en même temps.
Et puis il y avait les nuits. Pas les nuits romantiques — les vraies. Les nuits où l’on reste éveillée à faire des calculs dans sa tête, à repasser ses inquiétudes, à se demander si l’on fait assez. Les nuits où l’on a l’impression que l’avenir dépend d’une mauvaise décision, d’un appel qui n’arrive jamais, d’une maladie soudaine.
J’ai traversé tout cela : des périodes plus calmes et d’autres où l’on serre les dents et l’on avance. J’ai connu l’amour, oui. Mais j’ai aussi connu cette fatigue qui s’infiltre dans les os et vous rend silencieuse, même entourée de monde.
J’ai été une épouse.
J’ai été une mère.
J’ai été la femme qui « tenait tout ensemble » sans attirer beaucoup l’attention. Celle qui se souvenait des rendez-vous, des échéances, des anniversaires, des courses, des médicaments, des détails. Celle qui écoutait tout le monde et oubliait souvent de s’écouter elle-même.
J’ai vécu pour les autres pendant très longtemps. Et je l’ai fait avec amour — vraiment. Mais c’était une vie intense. Une vie qui vous prend tout.
Puis mon mari est parti.
Écrit comme cela, cela semble une phrase courte. Mais à l’intérieur, il y a des années, des habitudes, des gestes répétés mille fois, une présence qui remplissait les journées même sans paroles. Ensuite, la maison est devenue plus grande. Et le silence, au début, m’a effrayée.
Pas le silence des pièces. Celui-là, on l’apprend vite.
C’était le silence intérieur qui me faisait peur. Cet espace soudain où personne ne demande « Comment ça s’est passé ? », où personne ne tousse dans la pièce d’à côté, où personne ne croise votre regard pour dire « Je suis là ».
Puis les phrases sont arrivées, toutes pleines de bonnes intentions :
« Tu devrais te rapprocher de tes enfants. »
« À ton âge, ce n’est pas prudent. »
« Il vaut mieux que quelqu’un veille sur toi. »
« Comme ça, tu ne te sentiras pas abandonnée. »
Ce n’était pas de la méchanceté. C’était de l’inquiétude.
Mais derrière cette inquiétude se cachait une idée qui me faisait mal : comme si une femme âgée devait forcément être « installée », « gérée », « protégée ». Comme si la tranquillité était un problème. Comme si le silence devait forcément signifier la tristesse.
Je me suis même demandé si j’étais égoïste.
Égoïste parce que j’aimais mon calme.
Égoïste parce que je ne voulais pas remplir chaque journée de visites, de bruit, d’obligations.
Égoïste parce que, parfois, cela faisait du bien de ne répondre à personne.
Puis un matin ordinaire est arrivé. Un de ces matins qui n’apparaissent jamais sur les photos, et pourtant changent tout.
J’étais assise près de la fenêtre, une tasse chaude entre les mains. Dehors, le ciel était d’un gris pâle, comme souvent. Je regardais la rue : quelqu’un marchait rapidement, le manteau relevé jusqu’au menton, un vélo glissait sur le trottoir mouillé, des feuilles se déplaçaient légèrement le long du trottoir.
Rien de spécial. Juste la vie.
Et là, dans ce « rien de spécial », j’ai compris :
je n’avais pas été laissée de côté.
J’avais été rendue à moi-même.
À partir de ce moment, même les petites choses ont eu un goût différent.
Je mange quand j’ai faim. Pas quand « il faut ». Je n’attends pas que quelqu’un rentre pour sentir qu’un repas est complet. Parfois je prépare quelque chose de simple. Parfois je cuisine quelque chose de bon, comme si j’étais une invitée chez moi. Si je veux dîner tôt, je dîne tôt. Si je veux dîner t**d, alors t**d. C’est une liberté que je n’aurais jamais imaginée quand j’étais jeune.
Je dors quand mon corps me le demande. Si j’ai sommeil l’après-midi, je m’allonge. Sans culpabilité. Sans explications. J’ai passé une vie à « tenir », à « résister », à dire « je ne peux pas ». Maintenant je peux dire : « maintenant, je peux ».
Il y a des jours où je ne parle à personne. Et pourtant je ne me sens pas froide. Je ne me sens pas vide. Le silence n’est plus une punition. Il est devenu une présence douce, comme une vieille amie assise à côté de vous, qui n’exige rien : qui ne vous questionne pas, ne vous juge pas, ne vous presse pas.
Je lis. Je regarde un film. Je range quelques choses. Je sors faire une petite promenade. Je m’arrête devant une vitrine, un balcon plein de plantes, un chat qui traverse la rue comme s’il en était le maître. Parfois je me perds dans les souvenirs ; parfois il suffit simplement de respirer.
Et oui, parfois je fais défiler des nouvelles, des photos, des visages. Je vois qui est encore là, qui ne l’est plus, qui sourit, qui lutte. Et je laisse échapper un souffle léger en pensant : je suis encore là. Je suis lucide. Je suis présente. Je suis en paix.
Mes enfants ont leur propre vie. Ils appellent, ils viennent, ils s’inquiètent. Et j’en suis reconnaissante. Mais ce n’est pas leur rôle de remplir mes journées. Je les ai élevés pour qu’ils soient indépendants. Et aujourd’hui, avec ce même amour, ils me permettent d’être indépendante. Ce n’est pas de la distance. C’est du respect.
Je ne suis pas heureuse tous les jours. Personne ne l’est.
Il y a des jours où la tristesse revient. Elle s’assoit un moment, serre ma poitrine, me rappelle ce qui ne reviendra pas. Je ne la chasse pas violemment. Je l’écoute. Je la laisse passer. Puis elle se lève et s’en va, comme les visiteurs quand ils n’ont plus rien à dire.
Mais ce qui reste en moi plus longtemps que tout le reste, ce n’est pas la solitude.
C’est la paix.
La paix de savoir que j’ai suffisamment pris soin des autres.
La paix de savoir que j’ai beaucoup donné.
La paix de ne plus avoir à prouver ma valeur en m’épuisant pour les autres.
À 79 ans, j’ai gagné un droit précieux : celui de prendre soin de moi, à ma manière.
Je vis seule, mais je ne suis pas perdue.
Je ne fais pas de bruit.
Je ne cours plus après tout.
Je respire.
Et si quelqu’un me demande encore, avec cette voix pleine de peur :
« Elvira, le soir… ça ne te pèse pas ? »
Je réponds simplement :
« Non. Le silence n’est pas mon ennemi.
C’est ma maison.
Et c’est là que je me sens libre. »

Chacun a ses secrets. Certains les traînent tout au long de leur vie comme un fardeau, d'autres les chérissent et les co...
21/04/2026

Chacun a ses secrets. Certains les traînent tout au long de leur vie comme un fardeau, d'autres les chérissent et les conservent avec soin, comme une source de vie jaillissante où ils puisent leurs forces vives jusqu'à la fin.
Pour moi, ces secrets forment le trait d'union entre mon passé et mon présent.
Je ne suis pas de ceux qui traînent derrière eux un poids mort qui les accable.
Ce que j'ai jugé bon de garder, je l'ai laissé vivre et s'épanouir en moi.
J'ai l'impression d'avoir su tirer parti de tous les embrouillaminis de la vie, peu importait que cela fût g*i ou triste.
Si le prix a parfois été exorbitant, c'était là sans doute le prix qu'exigeait la vie. Celui qui a peur de payer trop cher meurt à lui-même.

Nina Berberova

Kate Winslet a ajouté une clause de non-retouche de ses photos dans son contrat avec L'Oréal : "J'ai l'espoir que d'autr...
19/04/2026

Kate Winslet a ajouté une clause de non-retouche de ses photos dans son contrat avec L'Oréal : "J'ai l'espoir que d'autres personnes suivent le mouvement.
Ça compte vraiment pour moi car j'estime que nous avons une responsabilité envers les femmes plus jeunes.
Je pense qu'elles regardent les magazines, qu'elles regardent les femmes qui ont du succès dans les carrières qu'elles ont choisies, et qu'elles cherchent des modèles à admirer.
Je veux continuer à dire la vérité sur qui je suis à cette génération, parce qu'elles ont besoin d'avoir des leaders forts.
Nous avons tous la responsabilité d'élever des jeunes femmes fortes".

J’ai quel âge ?    J’ai l’âge de voir les choses avec tranquillité, mais dans l’intérêt de continuer à évoluer.    J’ai ...
19/04/2026

J’ai quel âge ?
J’ai l’âge de voir les choses avec tranquillité, mais dans l’intérêt de continuer à évoluer.
J’ai l’âge de caresser mes rêves du bout des doigts et de voir mes illusions se transformer en espoir.
J’ai l’âge où l’amour est parfois une flamme qui a besoin de se consumer dans le feu d’une passion désirée, parfois un havre de paix, tel un coucher de soleil sur la plage.
J’ai quel âge ? Je n’ai pas besoin de nombre, car mes désirs réalisés, les larmes que j’ai versées en voyant mes illusions se briser… valent beaucoup plus que ça.
Quelle importance d’avoir vingt, quarante, soixante ans ! Ce qui importe, c’est l’âge qui me correspond.
J’ai l’âge qu’il me faut pour vivre libre et sans peur. Pour suivre mon chemin sans crainte, car je porte avec moi l’expérience que j’ai acquise et la force de mes désirs.
J’ai l’âge suffisant pour ne plus avoir peur et faire ce que je veux et ce que je ressens.

José Saramago, prix Nobel de littérature (1998)

12/04/2026

Juste Crepin GONDO

« Ce que les hommes veulent, c’est soit que vous leur accordiez la paix, soit que vous leur foutiez la paix (…).

On a beaucoup de stress et beaucoup de pression, et on ne veut pas avoir une pression supplémentaire à la maison. Donc, si vous voyez que vous ne pouvez pas contribuer à faire du foyer le havre de paix que l’homme recherche, laissez-le en paix.

En vérité, quand on voit un homme qui accomplit de grandes choses, c’est que derrière lui se trouve une voix douce, un foyer paisible, un endroit où il peut recharger ses batteries. Il y a quelqu’un qui le comprend et qui le soutient.

Mais on a parfois l’impression que ce sont les femmes qui ne sont jamais contentes, qui ne sont jamais satisfaites, parce qu’elles pensent qu’un homme a été créé pour faire leur bonheur sur la terre. Je ne suis pas d’accord.

Je considère qu’un homme a besoin qu’on prenne en compte le fait qu’il combat déjà le monde à l’extérieur. Donc, à la maison, il ne devrait pas faire face à une femme qui accentue encore ses difficultés. »

12/04/2026
«On oublie que la mort existe...Ou peut-être fait-on semblant.On s'inquiète pour un rien, et parfois pour beaucoup.On râ...
12/04/2026

«On oublie que la mort existe...
Ou peut-être fait-on semblant.
On s'inquiète pour un rien, et parfois pour beaucoup.
On râle pour cinquante mètres à parcourir sous la pluie,
pour une mèche de cheveux coupée trop court, pour un agenda trop rempli d'obligations que l'on a nous-mêmes empilées, comme si le temps était une matière infinie, une ressource inépuisable.

Et puis... il y a ce jour.
Celui qui nous rappelle que la vie est fragile.
Celui où le téléphone sonne, où les mots s'étranglent, où le monde s'arrête.
Une personne qui nous rendait fier s'en va, une maman doit laisser sa fille, un regard s'éteint, et avec lui, une partie de nous vacille.

Alors on se fait des promesses.
De ne plus remettre à demain.
De rire plus fort, d'aimer sans demi-mesure.
D'oser, d'alléger, de ne plus se laisser happer par l'illusion du contrôle.
On se jure de choisir la lumière.

Mais la vie, cette magicienne, reprend son cours.
Les urgences factices reviennent.
Les cinquante mètres redeviennent une contrainte, la mèche trop courte redevient un drame, et l'agenda se remplit à nouveau, insidieusement.
Jusqu'au prochain rappel.

Et si, cette fois, on tenait parole ?
Si on choisissait vraiment, chaque matin, la lumière ?
Pas en de vaines promesses, mais en gestes concrets.
Un regard plus tendre, un café pris sans se presser,
un "je t'aime" dit sans raison, une main serrée avec intention.
Parce qu'il n'y a pas de plus grand oubli que celui de la vie elle-même.
Et pas de plus bel hommage à ceux qui partent que de la vivre pleinement, ici, maintenant, sans plus jamais faire semblant.

J'ai une pensée infiniment douce et emplie d'amour pour toutes ces mamans et tous ces papas qui ont dû laisser leurs enfants trop tôt, trop vite...
Et pour tous ces enfants qui ont dû grandir d'un seul coup, portant en leur cœur l'écho d'un amour devenu absence, mais jamais silence.»

Aline Metzmacher

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la moucheJ’attache de la valeur au règne minéral, à ...
27/03/2026

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche
J’attache de la valeur au règne minéral, à la république des étoiles
J’attache de la valeur au vin, tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment
J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qu’aujourd’hui vaut encore peu de choses
J’attache de la valeur à toutes les blessures,
J’attache de la valeur à économiser de l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi
J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent qui sèche la lessive
J’attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute
J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur.
Valeur - Erri De Luca

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